un article un peu différent, une histoire que je te conte…enjoy !

Ils s’étaient rencontrés dans un bar. Leurs corps irrémédiablement attirés l’un par l’autre. Il lui avait proposé de l’accompagner à l’hôtel. Elle avait dit oui.

Arrivés dans la chambre, leurs bouches s’étaient jointes en une étreinte joueuse. Les mains touchaient les corps, se dévêtissant petit à petit. Le désir montait de plus en plus. Allongés sur le lit, à moitié nus, explorant chaque part du corps de l’autre, elle s’était soudain figée.

« Je ne peux pas. »

Assise au bord du lit, lui tournant le dos, elle répéta : « je n’y arriverai pas ».

Il lui dit doucement : « c’est comme tu veux ».

Elle sentait en elle ce tourbillon intérieur, la confusion mêlée à l’envie, le désir qu’elle était sur le point de refuser à son corps, à leurs corps. Elle se demandait ce qui se passait. Pourquoi ?

« J’ai peur » dit-elle, autant pour elle-même que pour lui. « J’ai peur de te montrer qui je suis ».

Il s’approcha doucement de son dos, écarta d’une main les cheveux sur sa nuque pour y déposer un baiser et lui glissa à l’oreille : « et si j’avais justement envie de voir qui tu es ? ».

Elle voyait comme l’intimité lui était pénible, comme se montrer totalement nue, vulnérable, exposer aux yeux de l’autre l’intégralité de son corps et de son être la paralysaient. Elle en avait envie. Elle en avait plus qu’envie. Son corps était une boule de désir, son ventre brulant, sa peau frémissant. Elle savait qu’il en faudrait peu pour qu’elle s’abandonne complètement, qu’elle se laisse partir dans cette rencontre jouissive. Mais la peur la paralysait, son corps se mettait à trembler. Elle aurait pu dire qu’elle craignait son regard, ses possibles commentaires, la façon dont il accueillerait qui elle est. Mais, elle savait, au fond, que ce n’était pas de lui qu’elle avait peur. C’était toutes ces années à juger son corps, à se juger, à voir tout ce qui n’allait pas chez elle qui remontaient là, à cet instant. Comment pouvait-elle apparaitre aux yeux de l’autre quand elle ne s’accordait que si peu de valeur ?

Elle avait passé sa vie à tenter de cacher tout ce qu’elle jugeait inacceptable en elle, tout ce qu’elle aurait aimé changer, tout ce qu’elle voulait différent. Elle faisait semblant. Elle donnait l’illusion du bonheur et de l’épanouissement, cherchant à se convaincre elle-même, reportant la faute de tout ce qui ne fonctionnait pas dans sa vie sur l’autre, lui, les enfants.

Et là, dans cette chambre, assise sur ce lit, face à cet inconnu, elle voyait. Pour la première fois, elle voyait avec lucidité qu’il ne s’agissait pas des autres, pas des hommes, pas de son corps, de sa famille ou de qui que ce soit, même pas des circonstances, mais d’elle.

Des larmes coulaient doucement sur ses joues. Elle sentait son corps lâcher. Toute cette crispation qu’elle connaissait depuis des années s’en allait. Une impression de fondre du dedans. Une respiration, un nouveau souffle. Enfin, être capable de respirer.

Il ne disait rien. Toujours assis contre son dos, il attendait. Une main délicatement posée sur son épaule, elle sentait à peine sa présence. Suffisamment pour maintenir cet état de vulnérabilité. Assez peu pour lui permettre de la vivre pleinement. Elle lui en était reconnaissante. Ce qu’elle vivait là était précieux, un processus à ne pas interrompre, laisser couler le flot de toute cette résistance à s’accepter et s’aimer telle qu’elle était.

Au bout d’un long moment, elle se redressa, elle avait froid. Le visage baigné de larmes, les joues rouges, les lèvres gonflées, le nez dégoulinant, elle le regarda avec un sourire.

« Merci »

Il sourit en retour.

Il n’y avait plus rien à dire. Elle chercha ses vêtements à travers la pièce et alla dans la salle de bain, se moucha bruyamment et se rhabilla. Il n’y avait plus rien à cacher, plus rien à avoir peur de perdre. Elle sentait ce mélange de force et de vulnérabilité en elle. Elle n’aurait désormais plus peur de l’autre, plus peur d’elle-même.

En sortant, elle lui jeta un dernier regard, lui sourit.

« J’aimerais te revoir » lui dit-il.

Elle rit et sortit.

Elle ne connaissait même pas son nom. Et cela lui était complètement égal. Son visage était encore bouffi de larmes et elle s’en fichait. Elle sortit dans la rue, respira l’air frais, leva les yeux au ciel. Désormais, sa vie lui appartenait.

Pénélope LM